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Rockfanch

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Musique de tous horizons et festivals au rendez-vous.


Festivals : l'hécatombe.

Publié par rockfanch sur 16 Mars 2015, 09:30am

Catégories : #Festivals

La baisse des dotations de l'Etat marque un serrage de ceinture conséquent en région. Premier poste visé : la culture, domaine touché en masse par cette baisse. Les suppressions d'événements et d'équipements culturels en font les frais. On compte près de 150 suppressions de salles ou d'annulations d'événements : des festivals de musiques, de théâtre, de danse, de cinéma ou encore d'arts plastiques. Tous vont devoir cesser leur activité à cause de la baisse des dotations de l'Etat. Tour d'horizons de cette crise, qui pourrait durer pendant un long moment.

 

Personne n'est épargné

Constat important : aucun style musical n'est épargné. Le festival de chant choral de Saint-Lô (Polyfolia), le festival rock Douzy'K  (Champagne-Ardennes), le festival de musiques classiques de Talleyrand à Valençay (Centre), le festival de Strasbourg (en place depuis 1932!) etc. aucun de ces festivals n'aura lieu en 2015. Les festivals jazz étant les plus touchés, pâtissant très souvent d'une image élitiste. Sur la cinquantaine de festivals répertoriés par la "Carto Crise", une dizaine sont des festivals de jazz. Et certains sont des poids lourds, comme Jazz à Montauban (Midi-Pyrénées) ou le Calvi Jazz Festival (Corse). Ces deux festivals ont dépassés, et de loin, les frontières de la France pour attirer les plus grands jazzman et bluesman du monde entier. Notons aussi que trois festivals jazz ont été annulés dans la région Midi-Pyrénées : le Jazz en Cordée de Bagnères-de-Luchon, le Festival Jazz de Cugnaux et le Jazz à Montauban.

Dans la majorité des cas, ce sont des annulations à cause de soucis financiers comme le festival des Océaniques de Tarnos. Jean-Marc Lespade, directeur du festival, explique d'ailleurs au journal Sud Ouest que "les cachets des artistes ne cessent d'augmenter de manière vertigineuse [...] cela devenait de plus en plus dur financièrement." Aux soucis financiers s'ajoutent la concurrence grandissante de deux poids lourds dans le Sud Ouest : L'EHZ festival et le Big Festival.

On assiste aussi à des visions conservatrices et archaïques de certaines municipalités, comme c'est le cas à Lanton. Cette dernière est une petite ville d'Aquitaine (6 500 habitants) qui devait accueillir le Da Reggae Festival Libertad en 2015. Un accord a été trouvé avec la municipalité sous la majorité socialiste. Elue en mars 2014, la nouvelle municipalité a refusé la tenue du festival, invoquant un "possible trouble à l'ordre public" et n'hésite pas à évoquer un possible problème de "sécurité et de salubrité" (Depêche du Bassin, 9 mai 2014). Pour faire court, on a peur des cheveux longs et des dreadlocks au XXIème siècle. Des propos déjà vu dans les années 1970 au temps des premiers festivals folks en France. A l'époque les hippies étaient présents pour ces rendez-vous et les "cheveux longs" débarquaient en campagne pour assister à divers concerts de musique folk ou de rock progressif. Une partie de la population tenait des propos quasi similaires à l'époque disant que les hippies n'étaient pas propres et que les habitants allaient attraper des maladies. Le festival Da Reggae a disparu avant sa naissance...Qu'un festival soit annulé pour des questions d'argent, c'est regrettable mais ça peut se comprendre, pour des idées reçues ou des clichés, ça en devient détestable.

 

Les Pays de la Loire et le PACA minés par les annulations

Triste record que se partagent les Pays de Loire et la Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Les deux régions sont celles qui ont le plus d'annulations de festivals : sept au total. Ces deux régions sont tallonnés de près par la région Midi-Pyrénées. Cette dernière a même trois rendez-vous annulés pour la seule ville de Montauban.Avant, cette ville de 50 000 habitants abritait trois festivals : Alors... Chante! consacré à la chanson française, Jazz à Montauban et le festival Danse en Place'S.  Lors de sa réélection pour un troisième mandat en 2014, Brigitte Barèges (maire UMP de Montauban) a imposé un festival unique, fusionnant les trois festivals. Le nouveau festival, présenté début février dernier et portant le nom de Montauban en Scènes, est désormais un festival unique mêlant : chanson, musique, arts de rue, humour, etc. La programmation proposée pour cette première édition est affligeante : Black M, Kendji Girac, Dany Brillant, Véronique Sanson ou Michel Leeb. On est loin, très loin des Ibrahim Maalouf, Jacques Higelin, Keziah Jones, Les Innocents ou Thomas Fersen présent l'an passé à l'affiche des festivals de la ville. On parle souvent d'élitisme pour parler du jazz, mais on y retrouve une qualité musicale. On est à des années-lumières de ce gloubli-boulga musical mêlant artistes passant sur NRJ ou Nostalgie. A force de vouloir toucher tous les publics, on se retrouve avec une programmation illisible en terme de qualité. Dans ces cas-là autant ne rien faire je pense, plutôt que de proposer ça.

La Bretagne est l'une des rares à ne pas avoir de  festivals annulés (avec la Lorraine et le Limousin). Sans doute grâce aux dirigeants bretons, conscients que les festivals sont une manne financière concernant le tourisme et l'économie locale. Rappelons pour ceux qui ne le savent pas que la Bretagne concentre à elle seule beaucoup des grands festivals français comme les Vieilles Charrues (Carhaix), Astropolis (Brest), le festival Interceltique (Lorient) ou les Transmusicales (Rennes). N'oublions pas non plus, au passage, que les Vieilles Charrues s'autofinancent en totalité (ou presque)... Ce qui ne les met pas à l'abri, certes, mais qui peut les protéger de ce serrage de ceinture.

 

Les poids lourds pas épargnés

Les Voix du Gaou de Six-Fours ont été annulés par voix municipale dès septembre dernier, le festival perdant trop d'argent. On parle, tout de même, "d'une perte de 100 000 à 150 000 € par an" pour l'organisateur délégué le promoteur de concerts Rabah Houia, qui s'est retiré du projet avouant "n'avoir jamais gagné d'argent en six ans de festival". Il faut dire que le festival était assez cher (40 - 50 € d'euros par jour pour deux ou trois concerts). Même si l'affiche 2014 était de bonne tenue : Massive Attack, Stromae, Dandy Warhols ou Christophe Maé. Le prix des places a du freiner les ardeurs des spectateurs dans un festival qui a pourtant accueillit IAM, Sting, Santana ou Jamiroquai ces dernières années.  

Concernant les Musik'Elles de Meaux c'est un peu plus compliqué qu'un simple arrêt de financement public. Quand le maire de ta ville s'appelle Jean-François Copé et que tu es le festival municipal, tu sais qu'à un moment ou un autre ça va craindre un peu pour toi. Si le maire UMP justifie l'arrêt de la manne financière de 700 000 € par an aux Musik'Elles par un " Choc budgétaire gouvernemental"... On oublie pas non plus le journal Le Point dans un article paru en octobre dernier, indique que les relations entre le maire de Meaux et Coca Cola sont troubles. La firme multinationale étant l'un des principaux sponsors du festival, offrant jusqu'à 30 000 € par an pour le festival, impliquant indirectement le festival dans les affaires de Copé. Une fin regrettable puisque le Musik'Elles était l'un des rares festivals français à promouvoir les femmes dans la musique. 

Le Crazy Week va aussi cesser son activité en 2015. Le festival, basé à Nice, voit le promoteur de concerts Ivoire Music arrêter toute activité. La société étant en cessation de paiement notamment à cause d'impayés concernant la SACEM. Autre festival sudiste annulé : I Love Techno. La déclinaison française du festival électro de Live Nation a du être annulé à cause d'une interdiction prise par le maire de Pérols (ville où se situe le parc des expos de Montpellier). La raison ? Un avis de sécurité défavorable et ce quelques heures avant le début du festival. les issues de secours n'étant pas assez nombreuses pour les 35 000 festivaliers prévus. Un mal pour un bien, les décès de techniciens chez Live Nation n'étant pas rare l'été lors des concerts dans les stades. imaginons une bousculade pour entrer dans une des salles du festival... et l'on aurait eu un drame.

 

Même si le premier ministre, Manuel Valls, semble être confiant en "garantissant le budget de la culture pour les trois années à venir", tous les festivals semblent avoir une épée de Damoclès au dessus de la tête. Quand on se serre la ceinture, c'est toujours la culture qui trinque. Celle-ci est sans commune mesure, la parente pauvre du gouvernement. Toujours celle à que l'on fait passer à la trappe en premier. Il est vrai qu'il est plus profitable d'aller faire des guerres qui coutent des millions dans les quatre coins du monde plutôt que d'essayer de faire bouger des territoires. Parce que oui, un festival peut amener des choses en plus de l'impact culturel non négligeable.. Il peut aussi amener une vie touristique et doper l'économie locale. Cepandant il faut continuer à aller dans les festivals, voir les artistes en live et soutenir largement la culture. Il n'y a que comme ça que l'on peut vaincre l'obscurantisme prônés par certains!

 

 

Nombre de festivals musicaux annulés par région :

 

 7  Pays de Loire, Provence-Alpes-Côte-d'Azur
6   Midi-Pyrénées
4 Centre
3 Languedoc-Roussilon et Rhône-Alpes 
2 Alsace, Aquitaine, Bourgogne et Ile-De-France
1

Auvergne, Basse-Normandie, Champagne-Ardennes, Corse, Franche-Comté,

Haute-Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Picardie et Poitou-Charente

0 Bretagne, Lorraine et Limousin
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