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Rockfanch

[INTERVIEW] YÔKAÏ

Publié le 25 Mai 2019 par rockfanch in Interviews

[INTERVIEW] YÔKAÏ

Comment est née l’aventure Yôkaï ?
* Jordi Grognard (clarinette, clarinette basse, saxophone ténor et flûte) : En 2011, Yannick Dupont (batteur mais aussi claviériste et compositeur) a été artiste en résidence au Centre d’art Recyclart de Bruxelles,. Pendant cette année, il a eu carte blanche pour proposer divers groupes, formules ou line-ups.
Yokai est né en mai 2011, fruit de ses rencontres et ateliers de travail, répétitions. Ceci dit, certains membres du groupe avaient déjà fait pas mal de musique ensemble précédemment. Initialement, le groupe est issu d'une formule acoustique en quartet composé de deux sax, d'une contrebasse et d'une batterie. Ensuite, le groupe s'est agrandit et électrifié avec l'ajout de d'une guitare et d'un clavier. Enfin, un autre batteur a rejoint Yokai et la formule définitive du groupe est arrivée. Avant tout ce groupe est une histoire humaine, d’amitié(s) et d’envie(s) partagée(s) de défricher de nouveaux chemins.

Pourquoi avoir baptisé votre groupe Yôkaï ? 
* Frédéric Becker (saxophone alto et baryton) : Le nom sonne bien, on se retrouve aussi dans ce qu’il désigne où ce à qui il fait allusion : l’invisible, les jeux entre les mondes parallèles, le fait qu’on ne maîtrise pas tout.

Votre nom vient du japonais. La culture de ce pays peut-il inspirer vos titres?
* Yannick Dupont (batterie) : Pas vraiment au-delà de ce qui précède. Peut-être cependant y a-t-il des affinités singulières dans le groupe avec une certaine manière de vivre la musique sur les scènes alternatives nippones, le côté direct et spontané de l’engagement dans l’acte musical, le côté « tout terrain » de notre démarche…

Trois mots pour définir votre style musical ?
* Jordi Grognard : Improvisation, instrumental et psychédélique
* Yannick Dupont : Multiplicité, chaos et groove.
* Frédéric Becker : Je n’aime pas trop définir notre style musical. Notre style se construit en chemin à huit musiciens, et on y met chacun ce qu’on aime en musique.

Vos influences sont diverses, mais il y a t-il des groupes ou artistes qui font l’unanimité au sein de Yôkaï ?
Johnny Cadillac, Mambo Kurt, NEU , Beak >, Asa Chang & Junray, Jean Sébastien Bach, John Zorn, Ennio Morricone, Kraftwerk, Aphex Twin, Yusef Lateef, Mulatu Astatke, Miles Davis, The Flight of the concords, Sun Ra, Nusrat Fateh Ali Khan, Francois de Roubaix, PNL? (Ou pas…)

Comment peut-on arriver à créer une alchimie entre des musiciens venant de scènes aussi diverses que le jazz, le rock et les musiques improvisées ?
* Frédéric Becker : Je l’ignore. C’est la musique qui parle. Le fait est que parmi nous chacun a touché à ces différentes scènes, chacun est porteur d’influences diverses. Et justement c’est la force du collectif de nous autoriser à naviguer sur tous les courants musicaux qui nous attirent et nous nourrissent. Yôkaï serait plutôt comme notre embarcation commune pour naviguer joyeusement sur cet océan musical, sur son chaos aussi bien que sur ses formes ordonnées.
* Jordi Grognard : Certainement grâce à notre curiosité. Nous sommes des musiciens. Pas des critiques d'art ou des journalistes. Le jazz et les musiques improvisées sont fort semblables et viennent d’une tradition (dans le sens de ‘culture’) commune. On a tous étudié le jazz mais certains d’entre-nous travaillent et s’expriment aussi dans des univers plus rock, plus électronique ou encore dans la chanson. Au delà des genres, on parle de musique avec un M majuscule. On cherche des espaces sonores, des zones de liberté. Le ‘multi-instrumentalisme’ aide probablement à d'ouvrir les idées et les palettes sonores.

Le groupe s’est formé en 2011, mais c’est seulement cette année que vous réalisez votre premier album ? Pourquoi tout ce temps ?
* Jordi Grognard: Avant l’album (dont l’enregistrement a commencé en 2017 et le mixage s’est terminé l’année suivante), nous avons enregistré et auto- produit un EP de quatre titres en 2014. Il est paru dans la foulée, en vinyle, pressé à 300 exemplaires. Ces années ont été bénéfiques et ont permis au groupe de se créer un son et un répertoire propre. Au tout début, nous avons commencé par faire pas mal de petits concerts localement (sur Bruxelles) en jouant des morceaux de Mulatu Astatké et des covers (‘reprises’ en français !) d’ethio-jazz. Beaucoup de groupes actuels de cette scène du ‘revival éthiopien’ basent d’ailleurs beaucoup leur répertoire sur ces classiques de ce qui a été/est appelé The Golden Age of Addis Abeba.
Très rapidement, on a voulu aller plus loin et intégrer nos compositions, histoire de sortir des clichés du genre. Autre point crucial, enregistrer coûte cher ! Outre le fait que ce temps nous a fait grandir musicalement, il nous a également permis de nous entourer, d’ouvrir certaines portes, de trouver un label et des fonds pour enregistrer et mixer l’album dans de bonnes conditions.
* Frédéric Becker: Nous sommes et restons avant tout un groupe de live. Notre premier EP témoigne de l’état de notre pratique à ce moment là. Tout est joué live en studio puis mixé par des gens qui nous connaissent bien et nous aident à trouver une unité de son à l’album. Le groupe a ensuite poursuivi son évolution. L’instrumentation (ou instrumentarium) a évolué – s’est parfois simplifié et les concerts se sont enchaînés jusqu’à ce qu’on décide de retourner en studio. Il n‘y avait pas d’urgence, chaque musicien de Yôkaï étant actif dans d’autres projets. Les urgences médiatiques et les séquences connues et reconnues de l’industrie musicale sont dans l’air, nous en avons bien conscience mais nous avançons à notre rythme, avec nos identités, nos désirs. La sortie de l’album nous offre un regain de visibilité dont nous profitons principalement pour nous retrouver sur scène et continuer nos explorations.

Votre album est éponyme, pourquoi ce choix ?
* Frédéric Becker : Par paresse, par simplicité aussi. Et puis c’est cash, direct, Yôkaï c’est ce qu’on y entend. On s’est amusé à nommer les morceaux suivant l’inspiration de noms de plantes vénéneuses. L’album forme une sorte de jardin délicieusement toxique qui s’insinue en vous. L’image de la pochette raconte également beaucoup. Pour le reste c’est ouvert…


Comment se créent les titres au sein de Yôkaï ?
* Frédéric Becker : Le processus est variable. Parfois l’un d’entre nous apporte un morceau, une composition personnelle et commence ensuite le processus d’arrangement qui est plus collectif. On en joue différentes versions dont la structure varie. Si composition il y a, les arrangements ne doivent pas être (trop) figés. Parfois on lance juste une idée musicale que l’on développe ensemble. Sur l’album la moitié des morceaux sont complètement improvisés. Yôkaï est groupe collectif et démocratique. On décide ensemble de ce que l’on garde ou pas.

Pendant les concerts vous vous autorisez à improviser ?
* Frédéric Becker : Non peut-être ! (expression typiquement de chez nous). L’improvisation est essentielle pour nous. La plupart des concerts se font sans playlist. Certains morceaux écrits sont prévus, d’autres pas, et pour le reste on joue, on se jette dans la musique.

 

Votre meilleur concert ?
* Frédéric Becker: Le prochain !
* Jordi Grognard: notre dernier concert aux Nuits Botanique (4 mai 2019) était fameux !


Le pire ?
* Frédéric Becker: Le prochain ?
* Jordi Grognard : Durant l’été 2013 ou 2014, un concert sous la pluie en plein été. Une certaine idée de l’été à la belge.


Un scoop pour Rockfanch ?
On a très envie de venir jouer en France !

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